La Charmille, une maison de repos qui se veut maison de vie
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LA CHARMILLE , UNE MAISON DE REPOS QUI SE VEUT MAISON DE VIE
(projet de vie)
Le décret de la Région wallonne du 5 juin 1997 (et ses arrêtés d’exécution parus au Moniteur Belge en date du 27 janvier 1999) régit le fonctionnement des maisons de repos. Ce décret laisse apparaître la notion de projet de vie. L’article 2 définit cette notion de la façon suivante : « le projet de vie est l’ensemble des actions et des mesures destinées à assurer l’intégration sociale des résidants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison de repos ».
Le but du présent document est justement d’apporter des précisions sur cette définition.
Un projet de vie sur trois axes.
A mon sens, au niveau de « La Charmille », on peut considérer la notion de projet de vie sur trois axes : un axe collectif, un axe individuel et un axe environnemental.
Plus précisément, sur l’axe collectif, se trouvent toutes les actions et mesures collectives qui permettent d’améliorer, d’humaniser et de positiver le fonctionnement quotidien de notre maison de repos. Il s’agit de créer un esprit et une philosophie d’entreprise.
Par exemple : le développement de la formation du personnel, l’organisation de réunions d’équipe, la participation des familles (réunions diverses, assister aux repas de fête, l’amicale …), la mise sur pied d’un programme d’activités récréatives et ludiques, le respect de la personne âgée (son autonomie, son vécu …) et de son potentiel…
Sur l’axe individuel, il s’agit pour chaque acteur (le résidant, le membre de personnel…) de déterminer individuellement ses attentes et ses projets au sein de « La Charmille » tout en restant en adéquation avec les principes de base développés au niveau collectif.
Par exemple : développer une politique d’accueil du nouveau résidant (et de sa famille), évaluer les besoins, être à son écoute, préciser avec la personne âgée et son entourage des projets et objectifs et les moyens pour leur réalisation,…
Quant à l’axe environnemental, il est question notamment d’ouverture de l’établissement à son environnement en montrant que « La Charmille » existe et vit.
Par exemple, favoriser les échanges entre la population de « La Charmille » et son environnement, sensibiliser les décideurs politiques à la spécificité de la population âgée (utilité d’avoir des trottoirs adaptés, des bancs permettant le repos…), promouvoir au sein des écoles la formation en gérontologie,…
Enfin, il importe d’ajouter qu’une dimension « évaluation » doit continuellement être présente autour des trois axes précités.
L’axe collectif.
Sur l’axe collectif, se trouvent donc toutes les actions et mesures collectives qui permettent d’améliorer, d’humaniser et de positiver le fonctionnement quotidien de notre maison de repos. Il s’agit de créer un esprit et une philosophie d’entreprise.
Cette définition signifie que l’axe collectif touche tous les acteurs concernés par le fonctionnement de notre maison de repos, c’est-à-dire, les résidants, les familles (et/ou amis des résidants) et les membres du personnel et de la direction.
Concrètement, il est sans doute utile de préciser davantage par quelques exemples, et vraiment d’une manière non exhaustive et aléatoire, ce que peut représenter la notion de projet de vie pour les acteurs précités.
- Au niveau des familles : s’intéresser aux réunions du comité de participation ou de l’amicale, encourager certains résidants à participer aux animations, assister à certaines animations, partager occasionnellement le repas avec les résidants, parcourir « Le Petit Courrier »…
- Au niveau de la direction : favoriser la formation du personnel, développer des moments de rencontres entre (et avec) les familles et les résidants, améliorer les conditions d’accueil des résidants, garantir une certaine autonomie dans le chef des personnes âgées , permettre des moments de réunion et d’évaluation pour le personnel…
- Au niveau des résidants : instaurer une relation d’échange avec le personnel (par opposition à une relation excessivement exigeante ou impatiente), parcourir « Le Petit Courrier » pour repérer certaines informations (par exemple les dates d’anniversaire), tenir (dans la mesure des possibilités) un rôle d’accueil pour les nouveaux résidants…
- Au niveau du personnel : s’intéresser aux initiatives de formation, instaurer des moments de discussion et de convivialité dans le cadre de la relation avec le résidant (parler avec un résidant quand on nettoie sa chambre ou lors d’une toilette, adopter une attitude souriante lors de la distribution d’un repas,…), considérer aussi la personne âgée sur ce qu’elle peut encore faire et apporter et pas seulement sur ses déficiences, donner la priorité au bien-être du résidant (et pas, par exemple, à des querelles internes), véhiculer et encourager les animations (voire y participer le cas échéant)…
Il est sans doute difficile d’être plus complet dans le présent contexte. Les propos qui précèdent ne constituent en fait qu’une ébauche ; une ébauche qui ne demande qu’à grandir, mûrir et se débattre.
L’axe individuel.
Sur l’axe individuel, il s’agit pour chaque acteur (résidants, membres du personnel…) de déterminer individuellement ses attentes et ses projets au sein de « La Charmille » tout en restant en adéquation avec les principes de base développés au niveau collectif.
Pour ce qui est de la personne âgée entrant à « La Charmille », l’axe individuel du projet de vie s’articule autour d’une méthodologie d’accueil. Cette méthodologie d’accueil peut se scinder en trois étapes.
- 1ère étape : la réalisation d’un bilan.
Dans cette première étape, il importe de déterminer les besoins de la personne âgée mais aussi d’évaluer son potentiel, donc de mieux connaître la personne âgée. Pour ce, les responsables de la maison de repos se doivent d’être à l’écoute de la personne âgée, de sa famille et de son environnement. Il est ainsi nécessaire de récolter un maximum de données sur divers aspects (social, médical, culturel,….) en tenant compte bien évidemment du passé de la personne âgée.
Dans la mesure du possible, cette étape se réalise avec la personne âgée. Dès lors, il est indispensable qu’une (ou plusieurs) rencontre puisse avoir lieu entre la personne âgée et un représentant de la maison de repos avant l’entrée du résidant.
Il est certain qu’au cours des différents entretiens chacun doit avoir une attitude objective et authentique (par exemple ne pas « cacher des choses »).
Enfin, si cette première étape débute avant l’entrée de la personne âgée dans l’établissement, elle se poursuit continuellement durant le séjour de la personne âgée. Dans ce contexte, une place importante doit être accordée à l’évaluation.
- 2ème étape : la fixation d’un projet et d’objectifs.
Après avoir fait le point avec la personne âgée (dans la 1ère étape), il est bon de déterminer des objectifs et des projets avec et pour le résidant. C’est-à-dire qu’il faut faire en sorte que chacun (résidant, personnel, famille ) puisse savoir vers où la personne âgée veut aller.
- 3ème étape : l’établissement d’une stratégie.
Il s’agit à ce niveau de trouver les moyens pour que puissent se concrétiser les projets et objectifs fixés lors de la deuxième étape.
Pour illustrer cette ébauche théorique et en faciliter la compréhension, l’exemple fictif suivant peut être présenté :
Une famille contacte « La Charmille » pour une demande d’hébergement. Au niveau de la 1ère étape, il est nécessaire de rencontrer la famille puis la personne âgée. Il est utile aussi d’entrer en contact avec le médecin traitant, le service hospitalier, les services d’aides à domicile. Bref, il importe de réaliser toute une série de démarches qui permettent de mieux connaître la personne âgée.
Dans cet exemple fictif, la conclusion pourrait être que la personne âgée a été hospitalisée suite à une chute au domicile qui a provoqué une fracture du genou. La personne est lucide et volontaire mais a besoin d’aide. Elle ne peut plus rester à l’hôpital mais elle ne peut pas non plus rentrer à domicile.
Au niveau de la 2ème étape, et après avoir donc réalisé une première récolte de données, le projet qui pourrait être fixé dans ledit exemple est que la personne âgée rentre quelques mois à « La Charmille » avant un essai de retour à domicile.
Ensuite, au niveau de la 3ème étape, il est nécessaire de développer un maximum de moyens pour arriver à l’objectif fixé. Dans ce cas, cela peut être une aide au niveau de la toilette, des soins de kinésithérapie, un encadrement moral, proposer des activités occupationnelles….
Enfin, à divers moments, il est utile de faire le point et de laisser place à l’évaluation. Ainsi, dans le présent exemple, il faut vérifier si les informations issues de la récolte de données réalisée dans la première étape se confirment, si le projet du retour à domicile peut être maintenu et, s’il est toujours souhaité, si les moyens mis en œuvre sont suffisants. Cette évaluation doit être pluridisciplinaire et doit impliquer le résidant et son entourage.
Cette méthodologie d’accueil semble pertinente au niveau théorique. Mais, pour la rendre opérationnelle, il est nécessaire de l’encadrer par d’autres projets et initiatives.
L’axe environnemental.
Sur l’axe environnemental, il est question notamment d’ouverture de l’établissement à son environnement en montrant que « La Charmille » existe et vit.
Concrètement, cela signifie que « La Charmille » doit ouvrir ses portes aux autres. Par exemple, en permettant à des personnes du village d’assister à certaines activités ou en développant des échanges avec d’autres générations.
Dans le premier de ces exemples, l’enjeu est double puisque ces rencontres favorisent, dans un premier temps, une familiarisation avec le monde des maisons de repos pour des personnes extérieures et, dans un deuxième temps, elles permettent aux résidants de garder un contact avec la société.
Dans le second exemple, les enjeux sont aussi fondamentaux dans la mesure où les échanges avec d’autres générations peuvent mettre en évidence que la personne âgée est aussi celle qui sait et qui peut donc, de ce fait, apprendre aux autres. Dans ce contexte, des notions comme le respect de la personne âgée ou le sentiment d’utilité dans le chef des résidants sont effectives..
L’ouverture de la maison de repos à son environnement doit aussi se caractériser par une intégration de la maison de repos dans la vie associative et culturelle locale. De même, une présence de « La Charmille » doit être significative dans la vie économique et politique.
Ainsi, il ne faut pas avoir peur de présenter la maison de repos comme un acteur économique créant de l’emploi ou favorisant l’éclosion d’activités indépendantes. Ou encore, en montrant qu’elle existe, la maison de repos doit contraindre les décideurs politiques d’avoir aussi un réflexe de type gérontologique c’est-à-dire provoquer des décisions qui tiennent compte du vieillissement de la population (installer des bancs permettant le repos dans les lieux publics, faciliter l’accès des transports en commun, aménager des trottoirs propices aux déplacements des moins valides...).
Toujours sur ledit axe environnemental, les responsables de « La Charmille » se doivent de veiller à la présence de formations en gérontologie dans les écoles (sensibiliser sur l’importance de la gériatrie dans les formations d’infirmiers, sensibiliser sur l’importance des cours de connaissance de la personne âgée dans les écoles sociales,…).
Bref, il s’agit de faire en sorte que la maison de repos ne soit pas une institution fermée qui se marginalise par rapport à la société. C’est faire en sorte que la maison de repos ne soit plus un milieu clos mais un milieu éclos !
Je terminerais en stipulant que, par définition, le concept de projet de vie sous-tend des idées d’échange, d’ouverture, d’évolution… Dès lors, il serait normal, et même souhaitable, que la présente information suscite commentaires, critiques, suggestions et questions.
Pascal TAVIER,
Directeur